© Esquisse

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Gloss Tokyo · La Gastronomie · Esquisse

Esquisse

En 2006, Michel Troisgros donne vingt-quatre heures à Lionel Beccat pour décider s'il accepte de diriger son premier restaurant hors de France à Tokyo. Beccat accepte. Il ne prévoyait pas de vivre au Japon. Six ans plus tard, il ouvre Esquisse dans Ginza — son propre restaurant, sans aucune recette de Troisgros. Cinq mois après l'ouverture : deux étoiles Michelin. Il a choisi le mot esquisse parce qu'il n'y a pas d'œuvre définitive. L'esquisse induit quatre mots dont un cuisinier se nourrit chaque jour : inspiration, travail, doute et passion. Et une conviction : "Je ne sais pas ce qu'est ma cuisine. Je ne veux pas le savoir."


L'Histoire · Corse · Marseille · Troisgros · Tokyo · 2006–2012

Lionel Beccat naît en Corse en 1976. Sa mère est d'origine italienne, son père d'origine tunisienne. Il grandit à Marseille à partir de quatre ans. "Marseille me définit", dit-il. Port méditerranéen, carrefour de cultures, ville de contradictions et de plaisirs directs. Il commence à cuisiner à vingt ans, inspiré par les gestes de sa mère et de sa grand-mère. En 1997, il rejoint Le Central, la brasserie de Michel Troisgros. Il y affine sa technique chez Guy Lassausaie et Petrossian, puis devient sous-chef de La Maison Troisgros à Roanne à partir de 2002. En 2006, Michel Troisgros décide d'ouvrir son premier restaurant hors de France, à Tokyo. Il donne vingt-quatre heures à Beccat pour décider. Beccat accepte — sans avoir prévu de vivre au Japon, sans parler japonais, sans connaître les produits ni les codes de la gastronomie tokyoïte. En 2011, il est décoré de l'Ordre national du mérite agricole français. En 2012, il ouvre Esquisse — son propre restaurant, avec ses propres règles, sans aucune recette empruntée à Troisgros. Deux ans de tâtonnements pour trouver son style. Cinq mois après l'ouverture : deux étoiles Michelin, maintenues depuis sans interruption. En 2018, Gault&Millau lui décerne le titre de Chef de l'Année.


La Philosophie · L'Esquisse · Le Doute Comme Méthode

Le nom Esquisse n'est pas choisi pour son esthétique. Il est choisi pour sa philosophie. En dessin, en peinture, en architecture, l'esquisse est la première forme — pas l'œuvre définitive, mais le geste qui la précède. Pour Beccat, la cuisine ne peut pas être une œuvre définitive. Elle doit rester un processus. "L'esquisse induit quatre mots dont le cuisinier se nourrit chaque jour : inspiration, travail, doute et passion." Le doute est central — c'est la seule garantie que la cuisine reste vivante. Un chef sans doute est un chef qui a arrêté de chercher. Beccat ne veut pas savoir ce qu'est sa cuisine, parce que nommer une cuisine c'est la figer — et une cuisine figée est une cuisine morte. Si un client dit que ses plats ressemblent à de la cuisine japonaise, il accepte. Si un autre dit qu'ils ressemblent à de la cuisine française, il accepte aussi. Ce n'est pas de l'indifférence — c'est une décision philosophique sur ce qu'est la création. Le chef propose. Le client décide. L'assiette appartient à celui qui la mange. Le Japon a profondément influencé cette posture : le wabi-sabi, la beauté de l'inachevé et de l'imparfait, structure depuis Tokyo sa façon de penser la création culinaire.

La Cuisine · Quarante Producteurs · Le Menu Qui Change Chaque Mois
Deux étoiles Michelin depuis 2012 · Menu dégustation 7 plats · Change mensuellement · Certains plats deux semaines seulement · Plus de 40 producteurs · Menu déjeuner et dîner · Champagne d'ouverture · Fromages · Pain · Souvenir à emporter

Esquisse s'approvisionne auprès de plus de quarante producteurs japonais — dont plus de la moitié ont été rencontrés directement sur les marchés de Tokyo, notamment le marché de l'université des Nations Unies à Aoyama que Beccat fréquente chaque semaine. "Les produits ne sont peut-être pas parfaitement calibrés, mais on comprend leur intérêt dès qu'on les goûte." Ce rapport au producteur — direct, physique, sans intermédiaire — détermine la structure du menu : il change chaque mois selon les arrivages et les saisons, et certains plats ne restent que deux semaines à la carte selon la disponibilité des ingrédients. Le menu dégustation commence par un verre de champagne, traverse sept plats, des fromages, du pain, de l'eau minérale, un pré-dessert, un dessert, un café et des mignardises, et se termine par un souvenir à emporter. Ce souvenir — une confiture, une confiserie, un élément lié à la saison — est la dernière phrase d'un repas pensé comme un texte dont chaque cours est un paragraphe. La cuisine change. Le soin de la structure ne change pas.

Le Terroir Triple · Japon · France · Soi
France technique · Japon produits · Soi philosophie · Wabi-sabi · Photographie · Marseille Méditerranée · Corse · Terroir comme identité à trois dimensions · "La peau, le sel, la Méditerranée"

Beccat décrit son terroir comme une construction à trois dimensions : le Japon pour ses produits et sa philosophie de la saisonnalité, la France pour ses techniques et sa discipline culinaire, et lui-même — sa biographie corse-marseillaise-méditerranéenne — pour ce qui reste irréductible dans chaque assiette. "J'ai quitté la Provence en 1999 et je garde en moi la Méditerranée, sa texture, le sel sur ma peau. Je crois que la Méditerranée ne m'a pas quitté." Ce triple ancrage produit une cuisine qui n'est ni japonaise ni française au sens conventionnel — elle est le résultat d'une vie passée entre deux cultures, d'un chef qui a appris à cuisiner dans le Sud de la France et à penser au Japon. La photographie joue dans ce processus un rôle que Beccat décrit avec précision : cuisiner et photographier sont le même geste — la technique d'un côté, la vision de l'autre, et la nécessité pour l'un comme pour l'autre d'une présence totale dans le moment. "La seule différence, c'est que la photographie reste pour toujours. La nourriture disparaît."

Eiji Wakabayashi · Le Sommelier · Le Prix Michelin Sommelier
Directeur général et sommelier · Prix Sommelier du Guide Michelin Tokyo · Accords mets et vins · Sélection de vins naturels et de grandes maisons · Dynamique de dialogue entre cuisine et cave · La salle comme partenaire de la cuisine

Eiji Wakabayashi — directeur général et sommelier d'Esquisse — a reçu le Prix Sommelier du Guide Michelin Tokyo, distinction nouvellement créée par le guide. Cette reconnaissance dit quelque chose sur la façon dont Beccat pense son restaurant : Esquisse n'est pas une cuisine avec un service, c'est une expérience dont la cave et la salle sont des partenaires à part entière de la cuisine. La sélection de Wakabayashi dialogue directement avec la philosophie du menu — des vins dont l'évolution dans le verre accompagne l'évolution des plats dans la séquence du repas, des accords pensés non pas pour démontrer une encyclopédie mais pour amplifier l'effet de chaque cours. Ce dialogue entre le chef et le sommelier est l'une des raisons pour lesquelles Esquisse maintient ses deux étoiles depuis 2012 sans reformuler radicalement son positionnement — la cuisine change chaque mois, mais la cohérence de l'expérience, elle, ne change pas.

L'Espace · Ginza · Neuvième Étage · Royal Crystal Building
Royal Crystal Ginza Building · Namiki-dori · Ginza · 9e étage · 45 couverts · Salons privés · Table ronde centrale · Vue sur les toits de Ginza · Lumière naturelle · Discrétion · L'adresse la plus haute de Namiki-dori

Esquisse est installé au neuvième étage du Royal Crystal Ginza Building sur Namiki-dori — la rue bordée d'arbres qui longe le côté ouest de Ginza, à quelques mètres du flagship Chanel de Peter Marino. L'ascenseur s'ouvre directement sur la réception, qui guide vers une salle à manger dont la table ronde centrale et les fauteuils généreux contrastent avec la compacité verticale du bâtiment. Quarante-cinq couverts, salons privés disponibles. La lumière naturelle traverse les baies vitrées du neuvième étage et éclaire les assiettes sans les écraser — une qualité de lumière rare dans la restauration de luxe tokyoïte où les restaurants occupent souvent des sous-sols ou des niveaux intermédiaires. La vue sur les toits de Ginza — les enseignes des maisons de luxe, les tours de verre, la Chuo-dori en contrebas — dit quelque chose sur la position d'Esquisse dans le paysage gastronomique de Tokyo : en hauteur, visible de loin, mais discret à l'entrée. Comme un chef qui dit ne pas savoir ce qu'est sa cuisine.

Tokyo Comme Formation · Le Japon Comme Transformation
Arrivée 2006 · Cuisine Michel Troisgros Tokyo · 5 ans et demi · Analyse de la cuisine japonaise · Usage des produits de la mer · "On se considère apprenti toute sa vie" · Wabi-sabi · Saisonnalité · Rapport au producteur · L'archipel comme toile de fond

Les cinq ans et demi passés aux côtés de Michel Troisgros à Tokyo avant l'ouverture d'Esquisse ne sont pas une période de transition dans la biographie de Beccat — ce sont les années de formation les plus déterminantes de sa vie de cuisinier. "J'ai beaucoup analysé la cuisine japonaise et le juste usage des produits de la mer." L'archipel japonais lui enseigne la patience avec les ingrédients, la précision dans la découpe, le respect de la saisonnalité comme contrainte créative plutôt que comme limitation. Le Japon lui enseigne aussi quelque chose de plus difficile à nommer : une façon différente de regarder le monde, de mesurer le temps, de penser le perfectionnement. "Ici, on se considère apprenti toute sa vie. Une vie entière ne suffit pas pour maîtriser une discipline." Cette phrase — qui ne vient pas du monde de la gastronomie française mais de la culture artisanale japonaise — est peut-être la phrase qui explique le mieux ce qu'est Esquisse : un restaurant français tenu par un chef qui a appris au Japon qu'une œuvre définitive n'existe pas.

La Reconnaissance · Michelin · Gault&Millau · Le Rayonnement International
Deux étoiles Michelin depuis 2012 · Attribuées 5 mois après ouverture · Maintenues sans interruption · Gault&Millau Chef de l'Année 2018 · Ordre national du mérite agricole 2011 · Classement 50 Best · Rayonnement international

L'attribution de deux étoiles Michelin cinq mois après l'ouverture d'Esquisse en 2012 est l'une des plus rapides de l'histoire du guide à Tokyo. Elle dit que le guide a reconnu dès les premiers mois quelque chose d'accompli dans la cuisine de Beccat — non pas une promesse, mais une réalité. Ces deux étoiles n'ont jamais été retirées depuis. Le Prix Gault&Millau Chef de l'Année 2018 complète cette reconnaissance par un regard différent — celui d'un guide qui évalue le style et la personnalité d'un chef autant que la technicité de sa cuisine. La présence d'Esquisse dans les classements internationaux — The World's 50 Best notamment — situe la table dans une conversation mondiale sur ce que peut être la gastronomie de haut niveau au XXIe siècle. Une conversation que Beccat mène depuis Ginza, en ne sachant pas ce qu'est sa cuisine, et en considérant que c'est précisément cela qui lui permet de continuer à la faire.


Vingt-quatre heures pour décider.
Tokyo ou pas.
Il a dit oui.
Six ans plus tard : son propre restaurant.
Sans aucune recette de Troisgros.
Deux ans de tâtonnements.
Cinq mois après l'ouverture : deux étoiles.
Le nom : Esquisse.
Parce qu'il n'y a pas d'œuvre définitive.
"Je ne sais pas ce qu'est ma cuisine.
Je ne veux pas le savoir."
C'est peut-être
la définition la plus juste
d'une grande table.


Ce Que Ginza Révèle D'Esquisse · La Liberté Comme Méthode

Dans le paysage de la gastronomie de luxe à Tokyo — ville qui compte plus d'étoiles Michelin qu'aucune autre au monde — Esquisse occupe une position singulière. Ce n'est pas la table technique la plus impressionnante de la ville, ni la plus ancrée dans la tradition japonaise, ni la plus spectaculaire dans sa mise en scène. C'est une table qui a décidé que la liberté du chef — la liberté de ne pas savoir, de ne pas nommer, de ne pas figer — était la condition de sa valeur. Cette décision, prise par un Corse-Marseillais installé à Ginza par accident, est peut-être l'une des plus japonaises qui soit. Le wabi-sabi — la beauté de l'inachevé, de l'imparfait, du transitoire — est une philosophie japonaise que Beccat n'imite pas : il l'a intégrée au point de ne plus savoir si elle vient de lui ou du Japon. Ginza, quartier de la précision et du raffinement, est l'adresse juste pour cette cuisine. Une esquisse au neuvième étage d'une rue bordée d'arbres, entre Chanel et les sushis de Kanesaka. Le doute comme méthode. La beauté comme résultat.

Esquisse · ESqUISSE
Royal Crystal Ginza Building · 9F
6-15-1 Ginza, Chūō-ku, Tokyo 104-0061
Deux étoiles Michelin · Déjeuner et dîner
Menu dégustation · Réservation indispensable
Namiki-dori · Ginza

Vingt-quatre heures pour décider.
Il a dit oui sans avoir prévu.
Deux ans pour trouver son style.
Cinq mois pour deux étoiles.
Douze ans plus tard,
il ne sait toujours pas
ce qu'est sa cuisine.
Il dit que c'est ce qui lui permet
de continuer à la faire.
L'esquisse.
Jamais l'œuvre définitive.
Toujours le geste d'avant.

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